À Nundu, dans le territoire de Fizi, l’accès à une assistance humanitaire ne se limite pas à recevoir un transfert monétaire : encore faut-il savoir le protéger, l’utiliser en toute sécurité et connaître les mécanismes disponibles en cas de problème. C’est dans cette perspective que FOSIP, à travers son équipe de terrain basée à Fizi, a organisé une série de sessions de sensibilisation et d’orientation en faveur des bénéficiaires du projet d’Assistance Multisectorielle d’Urgence (AMU).
Déployées dans plusieurs communautés de la zone de santé de Nundu et de l’aire de santé de Mboko, ces activités ont permis de sensibiliser environ 1 034 bénéficiaires sur la protection et l’utilisation du cash, la prévention de la fraude, les mécanismes de gestion des plaintes ainsi que la prévention des exploitations et abus sexuels.
Dans un contexte où les populations de la région restent confrontées à différentes vulnérabilités, notamment les déplacements de populations, l’insécurité alimentaire et d’autres difficultés humanitaires, les transferts monétaires constituent un mécanisme important d’assistance aux ménages les plus vulnérables. Leur efficacité dépend toutefois d’une bonne compréhension du processus, depuis l’identification et l’enregistrement des bénéficiaires jusqu’à la réception et à l’utilisation de l’aide.
FOSIP mise sur l’information pour renforcer la protection
Face à ces enjeux, FOSIP a placé l’information des bénéficiaires au cœur de son intervention. Les sessions organisées dans les communautés ciblées ont permis d’expliquer aux participants les différentes étapes liées à l’assistance en cash, mais également de les orienter sur les comportements à adopter pour préserver la sécurité de leur assistance.

L’objectif était notamment de s’assurer que les bénéficiaires enregistrés et validés puissent être correctement informés avant le processus de distribution, tout en leur permettant de mieux comprendre les mécanismes de protection mis en place autour de l’assistance.
Pour faciliter la participation, les équipes de terrain ont identifié des espaces communautaires accessibles et adaptés, notamment des écoles, des églises et d’autres infrastructures locales. Cinq responsables d’établissements scolaires ont notamment été consultés et impliqués afin de mettre à disposition des cadres appropriés pour les échanges avec les communautés.
Des communautés mobilisées autour de la sécurité du cash

Les activités ont concerné plusieurs communautés, notamment Minova, Mukangya’olo, ORAC, Cité II et Cité V, avec l’implication des autorités locales, des cadres communautaires et des comités de gestion des plaintes mis en place dans le cadre du projet.
Cette approche participative a permis de créer des espaces d’échanges directs entre les équipes de FOSIP, les bénéficiaires et les représentants communautaires.
Au cours des discussions, les participants ont notamment été sensibilisés sur la nécessité de préserver la confidentialité des informations relatives à leur assistance. Les équipes ont attiré leur attention sur les risques liés au partage public d’informations concernant les montants reçus, les dates de retrait ou encore l’accès à leurs comptes.
L’objectif était de les aider à identifier les comportements suspects et à éviter de communiquer à des personnes inconnues des informations susceptibles de compromettre la sécurité de leur assistance.
Une assistance humanitaire qui doit rester gratuite et sans contrepartie
La prévention des exploitations et abus sexuels a également occupé une place importante dans les échanges.
Les bénéficiaires ont été informés que l’assistance qui leur est destinée est gratuite et inconditionnelle et qu’aucune personne ne peut exiger une faveur ou une quelconque contrepartie pour faciliter leur accès à cette assistance.
Ce message vise à renforcer la connaissance des droits des bénéficiaires et à leur permettre de reconnaître et de signaler les comportements inappropriés ou abusifs.
Les sessions ont également permis de clarifier les mécanismes d’orientation des plaintes. Les problèmes liés aux transferts non reçus pour des raisons techniques ou matérielles, ainsi que certaines questions relatives aux frais de retrait, sont orientés vers les partenaires opérateurs ou prestataires de services concernés.
Les plaintes sensibles liées notamment à la fraude, à la corruption ou aux exploitations sexuelles sont, quant à elles, orientées vers les mécanismes prévus pour permettre leur traitement de manière confidentielle.
Plus de 1 000 bénéficiaires touchés par la sensibilisation
L’activité a enregistré des résultats significatifs. Environ 1 034 bénéficiaires issus de cinq communautés ont été mobilisés et sensibilisés sur l’utilisation du cash, les mécanismes de sécurité et de protection ainsi que les différents canaux permettant de faire remonter les plaintes et les préoccupations.
Au-delà des bénéficiaires, l’activité a également impliqué les responsables des structures communautaires et les autorités locales, contribuant ainsi à renforcer la compréhension collective des mécanismes de protection et de redevabilité.
Les sites de sensibilisation ont été choisis en fonction de leur accessibilité et de leur proximité avec les bénéficiaires, avec une attention particulière accordée à la dignité et à la sécurité des participants.
Donner la parole aux bénéficiaires
Au-delà de la sensibilisation, les rencontres ont constitué de véritables espaces de dialogue communautaire. Les participants ont eu l’occasion de partager leurs préoccupations, leurs difficultés et leurs propositions concernant l’assistance humanitaire.
Parmi les préoccupations soulevées figure notamment la situation des personnes vulnérables qui remplissent les critères d’assistance mais qui n’auraient pas été prises en compte lors du ciblage. Les difficultés liées aux pièces d’identité ont également été évoquées, plusieurs personnes ayant perdu leurs documents à la suite de déplacements répétés liés à l’insécurité.
Les bénéficiaires ont par ailleurs exprimé le souhait de voir davantage de besoins communautaires pris en compte, notamment dans les domaines des soins de santé primaires et de l’éducation des enfants. Ils ont également recommandé que les actions de sensibilisation sur la sécurité des transferts, les violences basées sur le genre et la prévention des exploitations et abus sexuels soient davantage multipliées.
Le dialogue communautaire, un outil de redevabilité

Pour FOSIP, ces échanges ne constituent pas uniquement des séances d’information. Ils permettent également de mieux comprendre les réalités vécues par les populations et d’identifier leurs attentes.
La co-facilitation avec des leaders communautaires connus dans les zones d’intervention et maîtrisant les langues locales a facilité la compréhension des messages par les participants. Elle a également favorisé les discussions autour de l’utilisation de l’assistance en fonction des besoins prioritaires des ménages.
Le rapport souligne par ailleurs que les dialogues communautaires constituent des espaces favorables à la collecte des avis, à l’écoute des bénéficiaires et au renforcement de la cohésion sociale. Ces cadres d’échanges ont permis à l’équipe de terrain de mieux cerner les attentes des populations de Mukangya’olo, Minova, ORAC, Cité II et Cité V.

Renforcer l’information pour mieux protéger l’assistance
À l’issue de cette série d’activités, plusieurs recommandations ont été formulées afin de consolider les acquis.
Le rapport recommande notamment de renforcer le suivi des bénéficiaires et d’améliorer la communication sur les critères de vulnérabilité, les montants à recevoir et l’utilisation de l’assistance. Il préconise également de rappeler systématiquement les mécanismes de protection contre la fraude, les exploitations et les abus.
La mise en place de canaux accessibles et confidentiels pour les questions, les plaintes et les retours d’information figure également parmi les recommandations. Un accompagnement des personnes vulnérables lors des différentes étapes d’acquisition de l’assistance est aussi proposé, de même que le renforcement des dispositifs de retour d’information et de suivi pour améliorer la qualité des prochaines allocations.
À Nundu, l’information devient un outil de protection
À travers cette initiative, FOSIP montre que la protection des bénéficiaires ne s’arrête pas au moment où l’assistance est transférée. Elle passe également par la capacité des communautés à comprendre leurs droits, à protéger leurs informations, à identifier les risques et à savoir vers quels mécanismes se tourner lorsqu’un problème survient.
Avec plus d’un millier de bénéficiaires mobilisés, ces sessions ont permis de rapprocher davantage les équipes de terrain des communautés et de créer un espace où l’information, l’écoute et la redevabilité occupent une place centrale.
Dans un contexte humanitaire marqué par de nombreuses vulnérabilités, mieux informer les bénéficiaires, c’est aussi contribuer à mieux protéger l’assistance et ceux à qui elle est destinée.




Mwanuka Bob Ezéchiel
Courage chers partenaires, car nous comprenons que cette activité suscite l’intérêt de la communauté bénéficiaire à prendre conscience tout d’abord de leur autonomie de choix dans la satisfaction de leurs besoins en famille et lutter contre la fraude et toute situation d’exploitation et abus sexuel pendant le processus d’acquisition de l’assistance.
Une communauté informer sur cette approche constitue un mécanisme de réduction de plusieurs risques et servira toujours d’un canal d’instruction et d’information pour d’autres communautés.